Cent vers pour un Slow

Je me balade sur ton corps
En chantonnant les doux accords
D'une élégie improvisée,
Sentiments de ma main usée.
 
Je suis descendu dans la mine,
J'ai travaillé dans la vermine,
Voilà pourquoi mes yeux cernés
N'ont rien de ceux d'un nouveau-né.
 
Je te caresse doucement,
Et je t'embrasse, et je te mens,
Et te regarde l'air moqueur, 
Mais j'ai encor chaud dans le coeur. 
  
Ma jeunesse fut bien amère : 
Je n'ai jamais connu ma mère 
Et mon père, lui, s'enivrait. 
Je crus que je ne survivrais. 
  
Tu me souris, tu es gentille. 
Oui, la passé est pacotille, 
Mais tu vois, j'en suis bien marqué, 
Je suis un peu fou, détraqué. 
  
La souffrance fut ma compagne, 
La joie, un château en Espagne. 
Mon univers était fermé. 
Mes jeunes ans sont décimés. 
  
Je t'ennuie, ô tendre adorée ? 
Ah, ta chevelure dorée 
Est un soleil entre mes mains : 
Mon bonheur n'est plus pour demain. 
  
Je le vois dans tes yeux brillants 
Qui me regardent bienveillants : 
La pureté de la sagesse 
Et la tendresse et ses largesses 
  
Y apparaissent merveilleuses. 
Et cette étincelle railleuse, 
Qui de temps à autre m'atteint, 
A cette fraîcheur du matin 
  
Qui réveille quand on se lève 
Et, avec le soleil, s'élève 
Pour venir au déclin du jour 
Faire de la nuit son séjour. 
  
Aimes-tu contempler le ciel ? 
Non ? Oh, ce n'est pas essentiel ! 
Alors tu préfères la terre ? 
Non plus ? Tu ... Je devrais me taire ? 
  
Je te comprends : c'est le silence ... 
Mais pourquoi est-ce que tu me lances 
Ces mots virulents, si méchants ? 
Tu n'apprécies donc pas mes chants ? 
  
Tu n'aimes pas les beaux accents ... 
Que ton langage est indécent ! 
Tiens la poésie en horreur
Si tu veux ! Moi, c'est ton cireur, 
  
Ton serviteur, ton cuisinier, 
Ton masseur ... Je ne puis le nier : 
C'est vivre avec toi, sous ton toît, 
Dont je rêve, et rien que pour toi ! 
  
Je veux être ton paillasson. 
Tu m'appelleras : "Hep, garçon !" 
Et je viendrai te caresser, 
Et t'enlacer, et t'embrasser. 
  
Je tiendrai ta maison en ordre 
Et tes désirs seront des ordres. 
Tu ne veux pas mordre à l'appât ? 
Tu ris et tu ne me crois pas ! 
  
Oui, je n'ai jamais vu de mine. 
Tu m'y vois ? J'aurais bonne mine ! 
Je t'ai dit çà pour t'attendrir, 
Mais celà n'a pas pris ... Mourir, 
  
Voilà ce qu'il me faut ! Périr, 
M'éteindre à tout jamais, pourrir 
Dans le limon dont je suis fait. 
Mes mots ne te font pas d'effet ?
  
Que faut-il donc pour que tu bronches ? 
Que je me transperce les bronches 
Devant toi ? Veux-tu qu'on assiste, 
"On" c'est toi, à ma mort ? Insiste 
  
Et tu verras : je le ferai ! 
Je t'aime tant que je suis prêt 
A m'offrir à Vénus, ignoble 
Déesse qui veut pour vignoble 
  
Mon corps, qui veut boire le sang 
De mes veines en les pressant ! 
Si tu as quelque sentiment, 
Apprends, comprends, que je ne mens. 
  
Comment ? Tu demandes des preuves, 
Tu veux que ta bouche s'abreuve 
De mon sang, pour enfin m'aimer ? 
Tu sais, je parle beaucoup, mais 
  
T'aimer ... T'aimer jusqu'à la mort ! 
Imagine alors le remords 
Qui poursuivrait à chaque instant 
Ton âme et ton coeur repentants. 
  
Ta souffrance, alors, serait telle 
Que ma mort te serait mortelle ! 
Donc, si je ne veux plus mourir, 
C'est pour t'éviter de souffrir. 
  
Maintenant, je vais m'en aller 
Avec, dans mon coeur esseulé, 
Le souvenir de toi reclus. 
Sais-tu ce que tu perds ? Salut.

© Pascal GOUZIEN. Tous droits réservés.